CHOUF / DIVINES : La réalité des quartiers populaires triomphe au cinéma

Deux films. Deux réalisateurs de talent. Des révélations de l’année. Les films « DIVINES » et « CHOUF » sont la réponse des quartiers populaires face à un gouvernement français qui fait tout pour les laisser tapir à l’ombre des caméras, du dialogue social. Le cinéma devient alors un moyen d’exposer les travers de notre société française tout en restant le plus authentique possible. Les widers décident de vous (re)présenter leurs deux coups de coeur de la rentrée 2016.  


« DIVINES » (réalisé par Houda BENYAMINA)

 

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TITRE : « DIVINES »

RÉALISATEUR : Houda BENYAMINA

DATE DE SORTIE : 31 AOÛT 2016

DURÉE : 01H45

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Dans un ghetto où trafics et religion sont omniprésents, Dounia (15 ans) a soif de pouvoir et de réussite. Face à l’image de la dealeuse respectée que renvoie Rebecca, Dounia et Maimouna (sa meilleure amie) décident de suivre les traces de leur aînée. Désireuses d’une autre vie, entre réussite et pouvoir, elles vont se lancer dans le business de stupéfiants en bossant pour Rebecca.

Cependant la rencontre entre Dounia & Djigui, un jeune danseur talentueux et beau gosse, va bouleverser son quotidien. « DIVINES », c’est une plongée fascinante dans le trafic de cité en compagnie de deux jeunes filles qui ont des rêves plein les yeux.  

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MONEY – MONEY – MONEY. Un leitmotiv très capitaliste pour ces jeunes filles qui ont « du clitoris » ! Leur impertinence n’a d’égal que leur joie de vivre. 

Lorsque l’on demande à la réalisatrice Houda BENYAMINA (35 ans) comment lui est venue l’idée de concevoir DIVINES qui s’est vu décerné la Caméra d’Or du Festival de Cannes, elle répond : 

«  J’ai commencé à écrire ce film après les émeutes de 2005 [...] Parce que je me demandais pourquoi il y avait eu une révolte mais aucune intelligentsia derrière. Là où je rejoins mes héroïnes, c’est dans ma façon de livrer un combat perpétuel. Entre mes aspirations d’ici-bas et une quête plus spirituelle. Mon moteur de création, c’est le sentiment d’injustice que j’ai toujours ressenti.  »

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Grande fan du boxeur et activiste Cassius Clay plus connue sous le nom de Muhammed ALI, la créatrice de l’association 1000 VISAGES s’est donné comme objectif de faciliter l’accès à la culture aux jeunes des quartiers populaires tout en leur ouvrant les portes du 7ème Art.

Au lieu de se présenter comme victime d’un système lui proposant des rôles stéréotypés, elle s’engage quotidiennement à mener un combat qui concerne bon nombre d’entre nous. C’est dans cette démarche honorable qu’elle confie les rôles principaux de son premier film à ses jeunes poulains. Déborah LUKUMUENA, Jisca KALVANDA et Oulaya AMAMRA (sa petite sœur de 20 ans) vont littéralement crever l’écran. Un pari grandement réussi.

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Son mot de la fin ? 

«  Ce n’est pas parce qu’on nous traite de pauvres qu’on doit le faire de manière pauvre. Nous aussi on a le droit à la grue et au travelling. J’aime le cinéma d’ampleur. Je voulais du lyrisme et de la poésie. Je n’ai rien lâché. Aujourd’hui, je suis sollicitée par des agents américains, je reçois quasiment deux propositions de scénario par jour mais, pour l’instant, je préfère refuser car je sais déjà ce que je veux faire ensuite. Ce que j’aime chez Mohamed Ali, c’est qu’il était prêt à mourir pour ses idées.  »


« CHOUF » (réalisé par Karim DRIDI)

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TITRE : « CHOUF »

RÉALISATEUR : Karim DRIDI

DATE DE SORTIE : 05 OCTOBRE 2016

DURÉE : 1H48

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Issu des quartiers Nord de Marseille, Sofiane (24 ans) fait partie de cette minorité ayant échapper aux lois ultra-violentes des cités. Celles qui mènent tant de ses contemporains à survivre entre business frauduleux et délinquance. Avec la mort ou la prison comme seules échappatoires. Étudiant à Lyon, il revient pour quelques jours dans sa ville natale, sa famille, ses amis d’hier.

Tous sont englués dans les trafics illicites et la misère sociale qui va avec. Mais l’histoire prend une autre dimension lorsque son frère, un caïd du cru, se retrouve au centre d’un règlement de comptes et décède. Le cœur emplit de haine, Sofiane projette de retrouver ceux qui ont assassiné son frère. Il abandonne ses études, ses valeurs et plonge dans une aventure ô combien périlleuse.

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Le terme « chouf » signifiant « regarde » en arabe a pris une autre tournure dans les rues phocéennes. Il est devenu le surnom des guetteurs au sein des réseaux de drogues. Tourné en plein coeur des quartiers nord marseillais, le réalisateur Karim DRIDI (55 ans) s’entourent d’acteurs non professionnels. Des coups de cœurs qu’il a su encadrer et conseiller pour l’appropriation des rôles et leur mise en scène. Lors d’ateliers de comédie supervisés par lui-même. 

Un choix tout à fait justifié par l’intéressé :

« J’ai choisi ces gens parce que c’est plus facile de partir d’une page vierge plutôt que de travailler avec des gens à qui il va falloir apprendre à ‘désapprendre’. Pendant deux ans j’ai formé ces jeunes en atelier. »

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Le cinéma social efficace. Voila comment définir le travail de ce franco-tunisien qui en est à son troisième film traitant de ce qu’il se passe réellement à Marseille. Après BYE-BYE (1995) et KHAMSA (2008). Au centre des faits divers qui gangrène la ville de Marseille, la délinquance est présentée sous l’angle d’un documentaire.

Ses pépites répondant aux noms de Nailia HARZOUNE, Foziwa MOHAMED, Zine DARAR, Tony FOURMANN ou encore Sofian KHAMMES (comédien au Conservatoire) réussissent à retranscrire la violence physique et le langage utilisé par une jeunesse oubliée de France. Le tout avec authenticité, en respectant les codes de la rue. Et pour cela, le réalisateur a vécu dans ces quartiers. Pour s’imprégner et comprendre ces habitants tout en dénonçant une situation à laquelle bon nombre de nos représentants politiques ne s’attaquent pas.

 » Chaque jour, on entend la liste des jeunes de quartiers marseillais qui s’entretuent à la kalachnikov. Après avoir tourné KHAMSA, je me suis dit qu’il fallait retourner à Marseille, renouer le contact, passer du temps avec eux, les écouter pour mieux comprendre. J’ai eu accès à des endroits où on ne rentre pas, j’ai pu écouter des choses qu’on n’écoute pas, je me suis fait accepter par certaines personnes qui m’ont toléré sur leur territoire. Sans ça, on ne peux pas faire un film comme CHOUF. »

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Son mot de la fin ? 

« Ces quartiers existent parce qu’il y a une volonté politique que ces quartiers existent, que ces populations soient laissées totalement à l’abandon, que ces ghettos se forment, que les trafics existent. Le trafic de drogue existe parce qu’il y avait eu de mauvais choix politiques au plus haut niveau. Moi, je ne fais que montrer la réalité. »


Drogues, pauvreté et matérialisme sont les principaux maux des quartiers sensibles français. Dans une époque où les clivages sociaux sont flagrants, ces deux films ont envoyé la meilleur des réponses : les banlieues françaises abritent une multitude de talents qui ne demandent qu’à être jugé par leur travail. Et non par leur origine, leur couleur de peau ou leur adresse postale. Une grande et première victoire pour un combat qui s’annonce long. 

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